Interview pharmaceutique n°1 : Jérémie Martinet

En quoi consiste votre métier ?

J’ai plusieurs « métiers » : biologiste médical, MCU-PH = Maître des Conférences des Universités – Praticien Hospitalier (c’est-à-dire enseignant à la fac de pharmacie, chercheur, praticien hospitalier). 

  1. En biologie médicale, je suis spécialisé en immunologie donc je travaille beaucoup sur les diagnostics d’allergies et je suis spécialisé en biothérapie (production de médicaments de thérapie cellulaire et génique au sein de l’hôpital). 
  2. Dans mon activité d’enseignement, j’encadre les internes, je donne des cours à la fac, je développe l’enseignement au maximum pour la pharmacie. 
  3. Pour mon activité de recherche, je travaille sur le développement d’une thérapie cellulaire qui s’appelle « CAR T-CELL » qui sont des lymphocytes T de patients modifiés génétiquement dans l’objectif de traiter certains cancers : c’est de la recherche appliquée. 

A côté de ça, j’encadre des thésards de science dans différents domaines de thérapie cellulaire. Par exemple, en ce moment, j’encadre un interne de pharmacie hospitalière qui fait sa thèse d’université chez nous.

Quel a été votre parcours pour en arriver là ?

J’ai fait pharma à la fac de Grenoble, j’ai eu ma P1 du premier coup. À l’époque ça n’était pas la PACES. Puis j’ai fait le cursus classique de pharmacie. 

À Grenoble on avait la possibilité de suivre un parcours « recherche » donc dès la 3ème année j’ai suivi ce qui s’appelait un magister (équivalent d’un master 1 aujourd’hui). C’était un magister « biothérapie et création de start-up », avec un apprentissage de comment monter son entreprise. 

A l’issue de ma 4ème année, j’ai fait en parallèle un Master 2 de recherche et mon externat. C’est compliqué mais ça s’est fait. 

Au cours de mon M2, mon directeur de Master, quand je lui ai dit que je voulais faire de la recherche en thérapie cellulaire/biothérapie, m’a dit de passer le concours de l’internat en plus de la thèse de science. Donc je l’ai écouté, j’ai préparé une première fois le concours en 5ème année en 2 mois seulement, je l’ai donc raté. 

J’ai fait une 6ème année pendant laquelle j’ai fait quelques stages à l’hôpital et j’ai préparé plus sérieusement le concours de l’internat. A l’issue de ma 6ème année, j’ai eu mon concours. 

J’ai ensuite eu la possibilité de faire de l’officine, pendant 1 an j’ai fait des remplacements en officine. Ce qui m’a permis de me faire une vraie expérience en officine. 

Ensuite j’ai démarré mon internat de biologie médicale à Grenoble avec l’idée de faire des biothérapies. J’ai appris à faire du diagnostic, à faire des gardes, etc. 

A l’issue de ma 2ème année d’internat, j’ai pu démarrer ma thèse de science, j’avais déjà le M2 et je suis resté à Grenoble car je connaissais les enseignants, donc c’était plus facile de trouver un directeur de thèse. Normalement l’internat c’est 4 ans, mais j’ai demandé un financement pour une « année recherche », c’est-à-dire une année de plus pendant laquelle je n’ai fait que de la recherche. Je faisais donc de la biothérapie et en même temps ma thèse. 

A l’issue de ma 3ème année d’internat, j’ai cherché un poste d’assistant hospitalo-universitaire (AHU), j’en ai trouvé un à Rouen en immunologie. En parallèle, j’ai terminé ma thèse à Grenoble au cours de ma première année d’AHU à Rouen. 

C’est un parcours un peu particulier, d’habitude on fait le M2 pendant l’internat et la thèse en post-internat ! J’en ai profité pour développer mes enseignements, mes sujets de recherche et mon activité hospitalo-universitaire. 

Au bout de 6 ans d’assistant, j’ai passé le concours de MCU-PH que j’ai eu et j’ai été nommé en immunologie à la faculté de Pharmacie. 

Les métiers que vous exercez maintenant sont-ils ceux que vous espériez faire quand vous étiez étudiant ? 

Dès la 2ème année, je savais que je voulais faire de la recherche, j’avais choisi pharma dans cette idée. Ensuite, l’internat, je n’y pensais pas, ce n’est que plus tard que je me suis posé la question. Et assez vite, je me suis dit que l’enseignement pouvait me plaire. J’ai découvert les métiers que je pouvais faire au fil des années. Je ne regrette pas du tout mes choix. 

Comment avez-vous vécu l’internat ? 

Je l’ai super bien vécu, mais ce n’est pas le cas de tout le monde. L’internat de biologie médicale est différent de l’internat de pharmacie hospitalière, qui d’ailleurs ne se fait pas de la même manière partout.

La biologie médicale c’est passionnant, on a plein de missions, plein de choses à faire, mais ce n’est pas du tout la formation de notre métier futur. Moi je voulais faire de la recherche, de l’analytique, du diagnostic, ça me passionnait. L’internat, c’est sympa aussi quand on apprécie la vie hospitalière. Il ne fallait pas non plus que ça dure trop longtemps, au bout d’un moment on a envie d’avoir de vraies responsabilités.

Je ne regrette surtout pas d’avoir fait mon post-internat autre part qu’à Grenoble, car j’ai été vu autrement qu’un interne quand je suis arrivé à Rouen, ce qui n’aurait pas été le cas si j’étais resté à Grenoble. 

Avec le métier que vous avez actuellement, vous n’avez pas trop de contact avec les patients, ce n’est pas ce que vous recherchiez quand vous avez commencé pharma ? 

Non, je suis plus intéressé par le contact avec les cliniciens qu’avec les patients. J’ai fait un an d’officine, et ça m’a conforté dans mon choix. En biologie médicale, on peut être en contact avec le patient, en ville par exemple ou dans certaines spécialités à l’hôpital. Dans ma spé immunologie, j’aurai pu faire de la consultation mais ça ne m’intéresse pas. 

Est-ce que vous êtes dans le service Allergologie aussi ? 

Oui mais pas pour voir les patients, pour voir les médecins ; on discute des cas les plus difficiles, ils m’expliquent ce qu’ils ont vu chez le patient, moi je leur explique ce que j’ai côté biologie. On confronte nos avis, on voit si j’ai besoin de faire d’autres analyses et on conclut ensemble sur le diagnostic. 

Le diplôme que vous avez vous permet-il de travailler en laboratoire d’analyses en ville ? 

Oui, si j’en ai marre de l’hôpital, je peux partir en ville. 

Les médecins avec qui vous travaillez ont-ils des à priori sur le fait que vous soyez Pharmacien ? 

La plupart ne savent pas que je suis pharmacien, pour eux je suis biologiste médical. Il y a quelques disciplines où il y a une réelle différence entre médecins et pharmaciens, par exemple la Biologie de la Reproduction, car ce sont des disciplines qui nécessitent de la prescription, et les pharmaciens n’ont pas le droit de prescription. 

Dans votre service, est-ce que vous avez une équipe à gérer ou vous êtes tout seul ? 

C’est beaucoup de management. C’est un travail de cadre, je gère quand il y des problèmes dans l’équipe. Côté recherche, je fais de la paillasse et je manipule mais côté hospitalier, je manipule très peu et j’encadre des internes et des techniciens. 

Avez-vous reçu des enseignements de management pendant vos études ? 

Aucun. Il y a une formation obligatoire mélangeant management, création de laboratoire privé, réglementations etc. Mais rien de très concret. A l’hôpital, à l’exception des chefs de service qui sont obligés légalement, les médecins et les pharmaciens n’ont pas de formation de management, même s’ils sont (ou seront) amenés à gérer une équipe. 

Qu’est ce qui vous plaît le plus dans votre quotidien ? 

Ce qui me plaît c’est que je peux faire plein de choses différentes et très poussées. J’adore enseigner mais au bout d’un moment j’aime faire autre chose, je m’occupe de mon activité hospitalière qui est un peu celle de routine. Il y a aussi la gestion du personnel et mon activité de recherche. Je peux jongler entre toutes ces missions, c’est passionnant.

Trouvez-vous un peu de temps libre entre toutes ces occupations ? 

En journée, non, je bosse. Il m’arrive de travailler aussi le week-end. Il ne faut pas être fainéant si on veut passer l’internat. Mais je garde des plages où je coupe totalement, c’est important.

Étant donné que vous travaillez en hôpital, est-ce qu’on vous demande de faire des gardes ou des astreintes ? 

Dans ma discipline non. Mais si j’étais biochimiste ou hématologue, oui, car ce sont des disciplines qui impliquent des diagnostics d’urgence. Ce sont souvent des astreintes. 

Est-ce qu’il y a des aspects de votre métier qui ne vous plaisent pas ou plus ? 

Parfois il y a une grosse surcharge de travail mais sinon, non, vraiment pas. Sauf quand les élèves en face de nous ne semblent pas très motivés… 

Et financièrement ?

Les internes démarrent à 1 200-1 300€ net par mois (sans les gardes) pour arriver à 1 800-1 900€ net en fin d’internat. Le salaire hospitalo-universitaire me convient parfaitement. 

Qu’auriez-vous à dire à un étudiant qui hésite à faire la filière internat ? 

S’il est dans l’hésitation, je lui dirai de ne pas faire internat. Il faut être vraiment passionné, c’est très intense. Je lui conseillerai aussi de se tester dans l’enseignement, car c’est une bonne partie de notre temps en tant qu’hospitalo-universitaire. Il faut aimer la recherche, car on est très sollicités sur les publications, et il faut être prêt à s’impliquer dans la routine hospitalo-universitaire. Enfin, il faut surtout être prêt à ne pas compter ses heures ! Si après que j’ai dit tout ça, il reste intéressé, il faut qu’il se lance, car c’est une carrière géniale, passionnante, qui se renouvelle tout le temps. 

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